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[ 26 ] E l é m e n t a i r e . m o n . c h è r . W a t s o n !

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Paris, 31 Décembre 2006


Olivier, enfin tiré de sa léthargie, attrapa sa veste qu'il avait jetée sur la table basse et claqua la porte de son appartement en sortant. Il courut dans les escaliers mais se heurta à un problème de taille arrivé à la porte de l'immeuble. Le temps qu'il réagisse Marianne pouvait déjà être bien loin. Il ne savait pas par où passer. Il fut immédiatement pris de remords et il se demandait encore comment il avait pu rester autant de temps sans réagir. Il allait être père et cette perspective ne le réjouissait guerre, mais il savait qu'il devrait prendre sur lui pour veiller sur Marianne et son enfant.
Il regr
ettait aussi que ce soir soit un soir de fête et que tout le monde s'agite dans les rues de Paris. L'heure était à la gaîté de fêter la nouvelle année, et pourtant leurs vies à tous les deux venaient tout juste de prendre un tournant plus sombre. Guidé par son intuition il s'élança vers sa droite et courut jusqu'à en perdre haleine. Il regarda les visages et les silhouettes des personnes qu'il croisait, espérant retrouver Marianne parmi la foule. Il écuma les bars, les brasseries, les restaurants, et même le petit café resté ouvert plus tard ce soir là, où ils s'étaient rencontrés.
Il n'avait aucune idée de
l'endroit où la jeune femme pouvait se trouver. Dépité, il erra quelques heures dans les grandes rues quand il l'aperçue sur le pont Mirabeau. Sa silhouette, ses cheveux et sa démarche, tout, la trahissait, il s'agissait bien d'elle. Doucement, mais sûrement, il la rejoint. Sentant une présence à côté d'elle, elle se tourna et émit un soupir en le voyant.


« Je ne m'atte
ndais pas à ce que tu viennes me rejoindre, et surtout... que tu saches où me trouver. »


Olivier ne répondit rien à cela, préférant éviter toute confrontation. Evidemment, il n'avait su la retrouver que par hasard. Ils marchèrent silencieusement tous les deux jusqu'à l'autre bout de la rive, sur ce pont. Olivier n'osait pas déranger ce silence pesant qui s'était installé entre eux depuis qu'elle s'était enfuie de son appartement. Elle, ne semblait pas d'humeur très loquace, et il remarqua qu'elle faisait les cent pas sur ce pont, et Olivier commençait à trouver ça dangereux. Il risqua une parole.


« Tu sai
s... j't'aiderai.

- Tu m'a
ideras pour quoi ? demanda-t-elle violement.

- Pour
le bébé...

- Quel bébé ?
Mon bébé oui, mais le tien je ne sais pas !

- Est-ce
que tu es en train de me dire que cet enfant n'est pas le mien ?

- Non, c'est l
e tien rassures toi ! Je ne vais pas voir ailleurs lorsque je suis avec quelqu'un... moi. »


Cette petite
phrase lui avait coûté cher, elle avait déclaré ça avec un naturel déconcertant. Elle s'arrêta de marcher, comme bloquée par un vertige, mais aussitôt son visage se rembrunit, et le regardait avec une expression étrange de désespoir dans les yeux. Il ne la comprenait plus.


« Je viens de te d
ire que je serai là pendant ta grossesse et après !

- Je ne veux pas d'un père présent de force pour mon enfant.

- Je ne...

- Je ne
veux pas que tu te forces, autant que je ne veux pas avoir d'enfant sans père. »


Elle ne dit plus rien u
n moment, laissant glisser ses mains contre le rebord du pont, presque amoureusement. Lorsqu'elle le touchait comme ça, on aurait dit qu'elle trouvait un nouveau sens à sa vie, une nouvelle échappatoire à l'ennui et à tous ses problèmes. Elle eu un rictus, sa lèvre supérieur retroussée, en levant la tête vers lui.


«
J'venais juste d'entrer dans l'age adulte... enfin légalement, quand ma mère est morte. J'me retrouvais seule, vraiment, pour la première fois. Il m'restait plus rien à part cette envie de me recréer une famille, une vraie, soudée, unie et aimante. Une famille qui m'laisserait pas tomber à la moindre petite difficulté. Puis j't'ai rencontré, il y a environ huit mois. J'suis tout de suite tombée amoureuse de toi tu sais... Avec tes mimiques et ta gestuelle tu m'a séduite ; puis tu te baladais toujours avec un sourire en coin, alors j'me suis dit que ça irait bien avec ma tristesse chronique. Mais tout s'est gâté il y a quelques semaines, quand j'ai appris que j'étais enceinte. A partir de ce moment là, tu t'es rendu distant, voire même absent quelques fois... Comme si t'avais déjà deviné. »


Elle leva les yeux vers lui pour la première fois depuis le début de son long monologue. Elle les avait gardés rivés sur le sol, cherchant à éviter sa réaction. De toute façon, tout était déjà décidé. Marianne continuait à caresser le pont comme une chose précieuse. Elle s'en rapprochait de plus en plus, et de plus en plus dangereusement.
Olivier qui n'avait rien dit jusqu'à lors, de peur de briser ce précieux instant où elle se confiait à lui, pris peur et s'approchait lui aussi du pont, pour tenter de limiter les dégâts.


«
Marianne, arrête ! Qu'est ce que tu fais... ? C'est dangereux ! »


Mais il s'époumo
nait en vain. Elle avait déjà entreprit de grimper sur le rebord et elle laissait pendre ses jambes dans le vide. Une rafale de vent vint lui caresser le visage, faisant voler les cheveux ça et là. Elle émit un petit rire comme si ce souffle glacé allait la décider dans son entreprise mortelle. Elle laissa tomber sa tête en arrière, profitant de voir Olivier dans un état de panique grandissant.


«
Ben alors, qu'est ce qu'il t'arrive ? Tu t'inquiètes pour moi ? demanda-t-elle.

- On dirait que tu es ivr
e, arrête tes bêtises, et descend de là, répliqua-t-il d'un ton autoritaire.

-
Tu comptes me donner des ordres alors que j'suis en train d'te démontrer que t'as rien à faire avec moi, si ce n'est perdre ton temps ?

- Dis pas n'importe quoi
... J't'en pris, descend de là. »


Le ton qu'il av
ait employé montrait son affection pour elle, bien qu'elle se soit un peu estompée ses derniers temps. Marianne eu presque pitié de lui et lâcha les mains pour l'impressionner. Affolé, il se précipita vers elle et lui attrapa le bras. Il tenta de la faire descendre en imprimant une pression sur son épaule mais rien n'y faisait.
A présent, le sourir
e de la jeune femme s'était transformé. Ce n'était plus un rictus qui trônait sur son visage mais sa tristesse habituelle qui avait repris le dessus. Leurs deux visages étaient tout près l'un de l'autre, et elle put sentir son souffle saccadé, comme pétrifié par avance de son geste futur... Elle le regarda tristement une dernière fois, lui déposa un simple baiser sur ses lèvres sèches, et lâcha complètement les mains de la rambarde. Son corps partant pour une effroyable fuite en avant vertigineuse qui finit dans le fond des eaux noires de la Seine.


Ce sp
ectacle horrible se déroula au ralentit sous les yeux d'Olivier. Les yeux révulsés par la scène, il ne put s'empêcher de réprimer un cri intérieur. Un cri violent qui sortait de ses entrailles les plus profondes. Ce cri qu'on réserve pour des choses horribles. Le suicide de Marianne faisait parti de ces choses là. La soudaineté du geste, le rendait encore plus pénible au jeune homme, qui était resté impuissant face à la détresse de son ancienne petite amie. Il se recroquevilla sur lui-même, adossé à la rambarde, et pleura de tristesse, de rage et de culpabilité. Les gens qui passaient par là ne faisaient même pas attention à lui, et aucun n'aurait pu s'imaginer le drame qui avait eu lieu quelques minutes plus tôt. Il sanglotait à grosses larmes, se tordant les mains de honte, se passant les doigts dans les cheveux violement, comme s'il avait voulu s'arracher le crâne pour se scalper, comme on fait aux ennemis dans les tribus Amérindiennes.
Ce n'est
qu'après quelques minutes, après s'être abandonné dans les bras de la culpabilité qu'il se décida à appeler les secours. Il sorti fébrilement son portable de sa poche, et composa le numéro 18 de ses doigts encore tremblants. Il marmonna lorsque les pompiers lui demandèrent où avait eu lieu l'accident.


Il prit conscie
nce que tout ça n'était pas un cauchemar lorsqu'il se mêla à la foule des passants curieux qui venaient voir ce corps mouillé sortir de la Seine. Il entendit la voix de deux inspectrices de police, il sourit en entendant leurs noms.


La pr
emière cria quelque chose à l'attention de la deuxième

«
Watson, viens voir, j'ai trouvé un truc, cria-t-elle à l'interpellée

- Quoi
? T'as trouvé un cadavre ?

- Ahaha... très drôle ! A
rrête tes sarcasmes tu veux... Regarde, elle s'appelait Marianne.

- Tu fais de
s progrès de jours en jours Holmes... Tu sais lire ! »


Siphora allait répliquer lorsque le chef de la police scientifique les appela.


«
Marianne Padovani, dans les trente ans... dans l'eau depuis 23h30 environ.

- Vous avez déjà contacté
la famille ? demanda Safrane.

- Non, aucune trace de
sa famille...

- Merde !
Suicide ?

- Elémentaire mo
n cher Watson, lui répliqua Siphora. Emmenez la moi à l'hôpital Necker pour une autopsie s'il vous plait. Reste à savoir... Pourquoi elle s'est suicidée. »


L'u
ne s'appelait Safrane Watson, et l'autre Siphora Holmes... drôle de nom pour deux flics qui font équipe. Et il se mit à maudire Conan Doyle, qui lui faisait cet horrible clin d'½il pour lui signifier que son acte était parmi l'un des pires. Après tout... C'était lui l'assassin dans cette histoire de suicide !


Abasourd
i par cette scène à laquelle il avait assisté, impuissant, et dont il était la cause, Olivier effaça volontairement le fait de sa mémoire et se mit à errer dans la nuit, de la capitale...

# Posté le dimanche 14 janvier 2007 16:56

Modifié le jeudi 08 février 2007 11:05

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