Qui aurait pu se douter qu'en quittant ce petit appartement tranquille, Marianne avait déjà décidé de son avenir, et par la même occasion, de celle de son enfant ?
Il tira une chaise de sous la table du salon et s'y installa. L'endroit était chargé en souvenirs et il sourit en y repensant... Mais l'ombre noire de la culpabilité vint le saisir presque aussitôt ? Il se prit la tête entre les mains et resta quelques instants dans cette position, comme pétrifié, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'une larme coulait le long de sa joue pâle. Surpris par cette vague de tristesse qui, peu à peu, prenait possession de lui, il l'essuya d'un geste rapide et regarda tout autour de lui dans la pièce et inspecta l'appartement. La pile de disques était toujours au même endroit, et la collection de DVD était toujours aussi impressionnante. Il sourit en pensant à toutes ses soirées télé qu'ils s'étaient faites tous les deux, pleurant ou riant ensemble devant des films qui n'en valait parfois, pas la peine. Il continua à regarder toute la maison et se trouva devant la porte de sa chambre. Grande ouverte, on pouvait voir que Marianne était partie sans prendre la peine de faire son lit, et qu'un agenda ouvert était posé sur sa table de chevet. Olivier hésita avant de le prendre mais la tentation était bien trop forte. Il prit l'agenda, s'assit sur le lit avec et le feuilleta rapidement. Des rendez-vous y étaient inscrits ainsi que d'autres choses plus futiles comme « Soldes » inscrit à la date du 10 Janvier 2007... Malheureusement, elle n'aura pas eu l'occasion de s'y rendre...
Olivier remarqua que le prénom Xavier était écrit et entouré en rouge à la date du 31 Décembre. Aussitôt, toutes les informations accumulées dans son esprit depuis cette dernière semaine, s'agitèrent et il se souvint de ce Xavier. Soulagé, il poussa un cri de joie. Cet homme serait peut être la clé de son problème. Sans plus attendre, il referma l'agenda, le remit à sa place et quitta l'appartement pour se rendre dans un autre, un peu plus loin dans la ville.
Il s'apprêtait à sonner à la porte quand il reçu un appel. A l'autre bout du fil, il reconnu la voix de sa s½ur. Inquiète, elle lui déversa un flot de paroles et de remontrances...
« T'as conscience que t'as fait un truc totalement inconscient ?
- Oui... Oui merci de me le rappeler ! J'vis avec ce sentiment depuis une semaine entière tu sais.
- T'as encore vu un souvenir resurgir ?
- Bien sur. Mais j'aurai dû m'y attendre ! Marine, j'dois te laisser p'tite s½ur... J'te jure que tout va bien, et que j'ai peut être la solution à mon problème.
- Quoi ?
- Tu le sauras bien assez tôt ! J't'embrasse. »
Il raccrocha et se rendit compte qu'il commençait à faire nuit lorsqu'il frappa à la porte, mais personne ne lui répondit alors il frappa une deuxième fois. Il entendit quelqu'un râler et une clé tourner dans la serrure. La porte s'ouvrit sur un homme d'une trentaine d'années qui fixait Olivier de la tête aux pieds, une lueur de dégoût dans les yeux.
« Salut Xavier ! dit-il maladroitement.
- Olivier... Que me vaut le plaisir de ta visite ? répondit Xavier d'un ton qui se voulait neutre et détaché.
- En fait je crois que tu détiens des réponses à mes questions.
- Tu comptes sur moi pour t'aider ? Alors ça c'est la meilleure !! Tu te souviens de ce que tu as fait quand même ? Tu as le culot de te pointer ici, la bouche en c½ur...
- Pardonne moi mais... Non. J'me souviens pas... »
Xavier continua de fixer Olivier et se demanda si il disait vrai. Il paraissait sincère, et devant son air désemparé, il ne put s'empêcher de lui lancer :
« Allez entre !
- Merci...
- J'te sers quelque chose ?
- Non merci, je préférerais avoir l'esprit clair...
- Soyons francs Olivier. Je n'sais pas ce qui t'amène mais je n'ai pas la moindre petite intention de t'aider !
- J'espérais juste que tu me rafraîchisses un peu la mémoire.
- Laisse moi deviner... Hum, tu ne sais plus avec quelle fille tu as couché hier soir ? lui envoya-t-il en pleine figure.
- Pas du tout. J'voudrais que tu m'rafraichisses la mémoire j'viens de te le dire.
- Désolé vieux, j'vois pas tellement c'que j'pourrais faire pour toi !
- Peut être que... tu pourrais me dire pourquoi ta meilleure amie s'est suicidée ! »
Xavier manqua de s'étouffer. Le dégoût qu'il avait dans le regard s'était transformé en haine, à cause de cette toute petite phrase. C'était à cause de lui bien sûr qu'elle s'était suicidée, et il avait le toupet de venir chez lui pour lui en demander la raison. Sa Marianne, si fragile et si forte à la fois, son amie, sa s½ur et même bien plus que ça. Ce qu'il ressentait pour elle dépassait les limites de l'imaginable, il s'était tisser entre eux depuis l'enfance, un lien indéfectible qui ne saurait être transformé ou détruit. Même dans la mort i continuait à l'aimer encore, toujours plus fort chaque jour qu'il passait à penser à elle.
« Tu t'fous d'ma gueule ? demanda-t-il très en colère.
- Ecoute Xav', j'sais que j'ai pas toujours été correct avec Marianne, d'ailleurs elle a dû te raconter... Mais j'ai besoin que tu m'aides sur ce coup là !
- J'viens de te dire que j'ferai rien pour toi !
- Mais dis moi ! Dis moi !! J'consulte un psy et j'fous toute ma famille dans un état de nerf constant... parce que j'ai subi un choc psychologique que je ne saurais expliquer. Le problème de ma petite histoire est que... le choc a été tellement important pour moi que j'ai effacé volontairement l'élément de ma mémoire. Depuis une semaine j'dors plus parce que j'ai peur de rêver ! Ben oui... parce que ce qui est encore plus marrant, c'est que j'me souviens de quelques trucs par bribes en rêvant !
- C'est complètement dingue ton histoire, j'te crois pas une seconde ! le coupa Xavier incrédule.
- Pourtant... C'est la vérité. J'te rassures, j'me suis bien rendu compte que j'suis un connard fini, incapable de faire du bien dans mon entourage. J'en ai tout à fait conscience. Seulement j'suis sûr que tout ça vient du suicide de Marianne...
- C'est quoi le dernier truc dont tu t'es souvenu ? demanda Xavier, se clamant un peu.
- Marianne venait de m'annoncer sa grossesse. J'étais complètement abasourdi par la nouvelle, j'ai pas réagi, sauf quand elle a claqué la porte en courant dans les escaliers de mon immeuble.
- Si j'peux me permettre... T'es un beau salaud !
- Merci du compliment mais malheureusement j'me sens pas d'attaque pour répliquer !
- T'as pas une petite idée des raisons qui l'ont poussées à sauter ?
- Si, bien sûr mais...
- Mais tu refuses de voir les choses en face !! Ah oui... Ah oui ça fait mal d'apprendre que quelqu'un s'est foutu en l'air à cause de nous. Parce que la vérité Olivier, c'est qu'elle a sauté de ce putain d'pont à cause de toi !! Elle a passé sa vie à essayer de se créer une vraie famille. Quand elle avait 18 ans, son père l'avait déjà abandonnée depuis longtemps et sa mère venait de mourir... Il ne lui restait plus que moi, un fidèle ami d'enfance. Elle est allée d'aventures en aventures jusqu'au jour où elle t'a trouvé, toi. Toi et tes p'tites manies, toi et ta tendresse, toi et ton putain d'caractère... Elle m'en a parlé de toi tu sais, et bien des fois. C'est chez moi qu'elle venait pleurer toutes ses peines quand elle se rendait bien compte que tu ne l'aimais plus. Et c'est encore chez moi qu'elle est venue lorsqu'elle a appris qu'elle était enceinte. Elle savait pas quoi faire tu comprends... Elle voulait pas subir un autre avortement, et elle voulait pas te perdre. Elle n'a trouvé qu'une autre solution apparemment. C'était toi... ou elle ! »
Olivier ne savait plus où se mettre et le poids de la culpabilité le rongeait toujours plus fort petit à petit. Xavier lui avait fait voir la vérité en face.
« J'crois que j'vais m'en aller...
- Attends tu n'veux pas que je...
- Non, merci. J'm'en vais et j't'assures que tu n'entendras plus jamais parler de moi.
- Bien. »
Xavier referma la porte sur lui et il se mit à pleurer. Il avait fait entrer chez lui l'homme à cause de qui la chose qu'il avait de plus précieux au monde, s'était suicidée...
![[ 25 ] T u . a s . d e s . r é p o n s e s . à . m e s . q u e s t i o n s](http://21.img.v4.skyrock.net/217/sur-le-pont/pics/683257132_small.jpg)