[ 5 ] J ' t e . r é v e i l l e ?

[ 5 ] J ' t e . r é v e i l l e ?
.
Olivier fut réveillé une deuxième fois par Marine qui ouvrait les rideaux du salon, faisant entrer la lumière dans l'appartement. Sa s½ur le regarda avec insistance, il voyait bien qu'elle voulait lui poser mille questions, mais lui, n'était pas apte à lui répondre pour le moment.

«
Tu as faim ? J'ai préparé du chocolat chaud et des tartines. Je t'ai mis une serviette dans la salle de bain quand tu voudras te doucher. »

Olivier hocha la tête pour seule réponse, se leva et se dirigea vers la salle de bain pour se doucher.
Marine, elle, s'appliqua à mettre de la confiture de fraise sur une tartine et l'engloutie en deux bouchées.



Le fr
oid gelait les voitures depuis deux mois, et Marine s'affairait à gratter son pare-brise pour chasser la couche de gel déposée par la nuit. Olivier s'était déjà installé à l'avant, emmitouflé dans un gros manteau et une écharpe, ses cheveux cachés par un bonnet. Marine entra dans la voiture et la fit démarrer en direction de son lieu de travail. Elle était médecin généraliste à l'hôpital. En conduisant, elle sorti son portable de son sac et appela Julia, son amie et colgue psychologue.


« J
'te réveille marmotte ?

- Il
est 8h30... j'dirais « oui », si je n'avais pas été de garde cette nuit !

-
Ah... Donc tu allais rentrer chez toi ?

- Oui en effet... Pourquoi tu as besoin de moi ?

- J
'ai un petit problème... tout petit problème...

- Le
genre de problème que je peux régler ?

-
Possible. Mon frère a débarqué chez moi hier soir dans un sale état... Je l'emmène à Necker pour lui faire quelques examens...

-
D'accord, je t'attends ! Je vais prendre un café en attendant, j'suis vraiment KO.

- M
erci, t'es un ange. »


Marine raccrocha et fixa son frère. Il avait l'air préoccupé, absorbé par la route qui défilait devant eux. Se sachant observé par sa s½ur, il tourna la tête du côté de la vitre pour masquer sa gêne. Il n'arrivait pas à lui parler. Il aurait voulu la remercier de l'avoir accueilli pour la nuit, d'avoir veillé sur lui. Mais il savait bien qu'il devrait parler à l'hôpital, avec toutes les questions des médecins.

« Tu sais... Il faudrait que tu parles pour que je t'aide. »

Olivier ne répondit rien, fixant toujours la vitre et les voitures sur la route.

# Posté le jeudi 16 novembre 2006 15:51

Modifié le dimanche 06 mai 2007 05:29

[ 6 ] L a . l o u r d e u r ! !

[ 6 ] L a . l o u r d e u r ! !
.
Arrivée dans le hall de l'hôpital, Marine scruta les lieux à la recherche de Julia. Puis ses yeux se portèrent sur la machine à café, et Julia se trouvait bien sur dans les parages. Elle était en pleine discussion avec un chirurgien lourd au possible, intéressant et pour couronner le tout, se croyant drôle. Julia riait un minimum à ses propos pour rester polie. Marine et Olivier, s'avancèrent vers eux. Lorsqu'elle les vit, Julia ne put réprimer un soupir de soulagement.

« Oh merci... Mine de rien, vous venez de me tirer d'un mauvais pas... Je ne me voyais pas continuer à faire semblant de rire à ses blagues vaseuses toute la matinée ! Bon alors, où est le problème ?

- Il est là,
devant tes yeux ! Cela dit, il a beaucoup changé depuis la dernière fois où tu l'as vu...

- Ah
! Bonjour Olivier...

- Excuse moi j'avais oublié de te dire qu'il refuse de me parler. C'est un peu difficile pour comprendre ce qui lui passe par la tête mais j'espérais que tu puisses faire quelque chose...

- B
ien, tu lui fais les examens que tu souhaitais lui faire et tu l'amènes dans mon bureau. Mais j'te préviens, j'suis morte de fatigue !!

-
On n'en a pas pour longtemps ! »


Marine se dirigea vers son service « médecine générale », suivie par son frère qui ne cessait de regarder en arrière. Décidemment Julia avait bien changée. Ils se voyaient souvent lorsqu'ils étaient adolescents. Ils étaient tout un groupe d'amis à se voir régulièrement, et Julia était de loin la plus introvertie. Avec le temps et en grandissant, ils s'étaient tous éloignés les uns des autres, sauf Marine et Julie qui avaient suivis les mêmes études. Olivier se prit à sourire au souvenir des toutes ses années en arrière... La trentaine lui allait bien.


*

Marine lui fit passer quelques tests préliminaires à son frère. Elle testa ses réflexes, regarda le fond de ses yeux, le fons de sa gorge, et hocha la tête d'un air dubitatif. Des questions se bousculaient dans sa tête, mais elle n'osait pas les lui poser de peur de le brusquer.
Lui, ne disait toujours rien, de peur que s'il commençait à dire un mot, tout allait lui revenir. Il fut tiré de ses pensées par la voix de Marine qui commençait à s'énerver.


« M
ais j'comprend pas ! J'comprend pas ! Pourquoi tu n'veux pas parler ? T'as aucune trace de blessure, ni d'agression, aucun hématome, aucune bosse. Tes réflexes sont normaux, ton corps aussi ! Alors qu'est ce qu'il s'est passé ? Pourquoi tu n'veux pas me dire ?... »


Des larmes c
ommençaient à couler le long des joues d'Olivier, il aurait bien aimé lui répondre, mais il en était incapable. Il ne se souvenait pas pourquoi il en était arrivé là, à errer en pleine nuit. Voyant sa tristesse, Marine s'approcha doucement et le prit dans ses bras, comme avant.


« Excuse
moi... Excuse moi de te brusquer comme ça. Mais j'aimerai que tu réagisses. J'voudrais comprendre ce qu'il s'est passé. J'voudrais t'aider aussi. Mais si tu ne parles pas, ça va être laborieux. »


I
ls furent interrompus par Benjamin Suarez, le supérieur hiérarchique de Marine. Un homme chaleureux mais un peu antipathique, qui n'avait pas l'habitude qu'on lui résiste. Il ouvrit la porte du bureau de la jeune femme, sans frapper et ne gêna pas pour la regarder d'une façon très particulière qu'elle détestait.


«
Alvès, vous pouvez archiver le dossier Marianne Padovani. La police a bien conclu à un suicide dans la Seine !

- Merci mais...
Vous avez une secrétaire il me semble !

- J'
veux que ce soit vous qui le fassiez, vous pouvez comprendre non ?

-
Très bien... »



Et
Benjamin sorti en laissant la porte grande ouverte. Décidemment, Marine le détestait. Toujours à la prendre pour une novice, depuis 4 ans qu'elle était dans son service. Il avait la désagréable habitude d'arriver à des moments inopportuns ce qui provoquait la gêne des docteurs, infirmières et personnel soignant. Mais Marine s'était habituée à sa présence, et parfois ne s'apercevait même plus qu'il était là. Prise dans la considération qu'elle avait de cet homme, Marine ne remarqua même pas la mine déconfite de son frère.
Marianne Padovani. C'était un nom qu'il connaissait bien... Mais sans savoir pourquoi il ne sut pas pourquoi. Sûrement une fille qu'il avait connue durant ses études chaotiques, ou une amie... Non, il n'avait pas d'amies... peut être était-elle une de ses nombreuses conquêtes... Mais avec des « peut être » on n'avance pas. Marine le conduisit alors jusqu'au bureau de Julia pour qu'elle essaye d'en savoir un peu plus.

# Posté le vendredi 17 novembre 2006 09:09

Modifié le jeudi 08 février 2007 10:58

[ 7 ] J e . v o i s . q u e . c e . g a r s . l à . e s t . u n . b e a u . c o n n a r d !!

[ 7 ] J e . v  o i s . q u e . c e . g a r s . l à . e s t . u n . b e a u . c o n n a r d !!
.
Marine ouvrit la porte du bureau de son amie sans frapper. Julia se retourna, surprise. La jeune femme avait sursauté. Elle s'assit sur sa chaise de bureau et lâcha :


« Bon dieu, tu m'as fait peur !

- J'ai bien vu.
.. t'es sur les nerfs ?

- No
n... J'ai juste cru que c'était Suarez. J'peux plus me l'encadrer ! Il est encore entré dans mon bureau sans frapper pendant la garde de nuit, j'ai été obligée de sortir les crocs!

- Il e
st entré dans mon bureau tout à l'heure, alors que j'étais en train d'ausculter Olivier. Il m'a demandé de ranger un dossier...

- Bientôt sa se
crétaire n'aura plus de boulot !

- Il faut qu'o
n fasse quelque chose...

- En parler aux prud'ho
mmes ! répliqua Olivier. »


Marine le regarda, étonnée. Il avait parlé pour la première fois depuis la nuit dernière. Olivier en paraissait lui-même étonné. Bien sur, il n'avait pas perdu l'usage de la parole mais le choc lui avait fait refouler cette capacité, lui qui d'habitude avait une tchatche à faire parler les moins bavards.


« Tu parles... ? Et bien je te le laisse Julia. En espérant que tu sauras mieux que moi lui délier la langue ! »


Sur ces mots, Marine quitta la pièce, non sans serrer fort la main de son frère. Elle jeta un regard à Julia, qui comprit bien qu'elle aussi avait besoin d'aide.


« Ass
ied toi ! Tu ne vas pas rester debout tout ce temps ?

- Désolé. J'suis
ailleurs en ce moment...

- Bon, je sais que ça
fait longtemps qu'on ne s'est pas vus. Que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé... Mais tu sais, c'est mon boulot, alors tu peux tout me dire. Tu entends ? Tout, absolument tout ce que tu veux me dire... Je suis tenue au secret professionnel.

- Tu le dirais
à ma s½ur, elle te l'a demandé, répondit-il en esquissant un sourire.

-
Tu te trompes. Je ne lui dirais rien sans ton accord. De toute façon je pense que tu es peu enclin à subir une sorte d'interrogatoire de ma part...

- Non,
là c'est toi qui te trompes ! Si je ne peux pas répondre à toutes les questions que vous vous posez, c'est tout simplement car je n'en suis pas capable.

-
Pas capable ? Toi qui as toujours été le premier à parler...

- Ecoute,
tous mes souvenirs d'enfance, tous mes souvenirs de vacances, mes souvenirs d'écoles, d'amis... J'm'en souviens. J'sais qui j'suis... Seulement j'ignore pourquoi je me suis retrouvé trois jours et trois nuits dehors avant de rejoindre l'appartement de ma s½ur !

- Peut-être que tu as vécu quelque chose d'effrayant pour toi et que tu as effacé volontairement mais inconsciemment cet élément de ta mémoire... dit Julia en réfléchissant.

- C'est toi la spécia
liste de l'inconscient et du subconscient, c'est à toi de me répondre, répliqua-t-il en arborant toujours ce délicieux sourire aux lèvres.

- J
e rêve ou tu n'as pas perdu ta sale habitude de te moquer de moi ?

- Dés
olé...

- C'est dingue !
Y'a 5 minutes tu ne disais pas un mot, et voilà que maintenant t'es désagréable !

- C'est toi
qui ma forcé à parler...

- Forcé? ... Je ne t'
ai rien demandé ! Je t'ai simplement fait comprendre que si tu voulais me parler de quelque chose de spécial tu pouvais le faire en toute confiance... parce que c'est mon métier ! Pas... pas pour d'autres raisons !! »


Julia s'était laissé emporter par sa colère. Olivier et elle ne pouvaient s'empêcher d'en venir au drame lorsqu'ils se parlaient, et ça depuis toujours. Il y avait quelque chose en eux qui énervait mais attirait l'autre en permanence, puisqu'ils en arrivaient à retrouver des discutions calmes.

Julia était persuadée qu'elle allait réussir à le faire parler. Enfin, plutôt à réussir à faire parler son inconscient. Son pouvoir de persuasion était ce qui était le mieux réussi chez elle, d'après elle.
Olivier savait bien qu'elle finirait par réussir à le faire dire « le pourquoi du comment ». Il savait qu'un moment viendrait où grâce à elle et à sa s½ur il se rappellerait...

Encore une foi
s ils furent interrompus par leurs réflexions par Benjamin, qui comme à son habitude ouvrit la porte à la volée, sans prendre le soin de frapper.


« Je vois que vous êt
es dans une consultation extrêmement prenante Mademoiselle Sitruk... Je vous ai entendu crier !

- Oui e
n effet, mais cela ne vous dispense pas de frapper aux portes Monsieur Suarez...

- Je v
ois que ce patient fait le tour des services, remarqua Benjamin, en ne relevant pas la remarque de Julia et en fixant Olivier.

- Je suis en cons
ultation comme vous le voyez Monsieur Suarez, je vous prierais de bien vouloir sortir afin que nous puissions continuer la séance Monsieur Alvès et moi-même... »


Julia s'était surprise en le mettant à la porte en n'ayant pas l'obligation d'employer la manière forte. Benjamin la regarda d'un air suggestif, comme il faisait avec toutes les autres, et quitta la pièce sans un mot.


«
A ce que je vois... ce gars là est un beau connard ! »


La remarque
qu'Olivier venait de faire tomba d'un coup. Ils se regardèrent et ne purent s'empêcher d'éclater de rire. L'incident précédent était déjà oublié...

# Posté le samedi 02 décembre 2006 15:58

Modifié le mercredi 09 mai 2007 10:12

[ 8 ] P s y c h o t h é r a m a c h i n !

[ 8 ] P s y c h o t h é r a m a c h i n !
.
« Encore une fois, un événement imprévu nous a interrompus dans notre dispute...

- Qui
n'en était pas vraiment une j'dois dire, s'amusa Olivier.

- En pa
rlant de ça, je te rappelle encore que tu peux me parler. Même, j'crois que tu devrais !

-
J'aimerai le faire crois moi. Seulement j'en suis bien incapable...

- Ça
ne serait pas la première chose dont tu serais incapable, dit Julia esquissant un sourire, sachant où cela allait encore les mener.

- J'me tr
ompe ou tu me cherches ? On va finir par se disputer, et quelqu'un va entrer dans la pièce, et on va oublier tout ça... Et on en sera au même point !

- Al
ors il faut que tu y mettes du tien.

- Tu n
'as pas compris ce que je viens de te dire alors ?

- M
ais si bien sûr... Mais il faut qu'on prévoie des séances de psychothér...

-
Tu crois que j'suis malade c'est ça ?

- Il
n'y a pas besoin d'être malade, comme tu dis, pour consulter un psychothérapeute !

- P
sychothéramachin ou non, j'suis pas fou ! »


Julie soupira. Décidément cette discussion ne mènerait à rien... comme toujours !


«
Ecoute, tu veux de l'aide ou non ?

- C'e
st pas moi que tu veux aider ! C'est à ma s½ur que tu as promis de le faire...

- Tu es te
llement borné que tu refuses de voir que les gens peuvent être concernés par toi ! C'est mon métier de faire ça !! J'en vois tous les jours... Et si ce n'est pas moi que tu consultes, ça sera quelqu'un d'autre qui le fera à ma place ! »


Voyan
t qu'encore une fois, ça allait tourner au vinaigre Olivier se tut. Julia le regarda et se mit à fixer la fenêtre de son bureau. Et dire qu'elle aurait pu être couchée dans son lit à cette heure là. La garde de la nuit avait été fatigante, mais elle était restée pour son amie. Bizarrement, même après une dizaine d'années sans se voir, ils étaient restés les mêmes... Ce qui ne les aidait pas particulièrement pour stimuler la mémoire d'Olivier.

Olivier se leva et rejoignit Julia près de la fetre. Il s'approcha et lui dit : « Désolé de toujours chercher la petite bête... » Elle tourna la tête vers lui, comme d'habitude, avec une phrase ou un sourire, il mettait les gens dans sa poche ! Elle haussa les yeux au ciel. Doucement il voulu s'approcher d'elle pour lui prouver qu'il essayerait d'aller plus loin dans les séances de psychothérapies pour pouvoir savoir enfin. Il approcha sa main de la sienne, mais le contact de la peau de Julia fit monter en lui des souvenirs enfouis...

# Posté le samedi 02 décembre 2006 18:12

Modifié le jeudi 08 février 2007 10:59

[ 9 ] C a . t o u r n e . a u . b l u e s . . .

[ 9 ] C a . t o u r n e . a u . b l u e s . . .
.

Musique
Si elle ne se lance pas toute seule, cliquez sur "ça tourne au blues"


Elle lui prit la main, leurs doigts entremêlés, le suppliant du regard. Avec elle, c'était toujours la même rengaine. Elle voulait faire quelque chose qui, lui, l'ennuyait profondément, mais elle arrivait toujours à le convaincre. D'ailleurs, même elle, était d'un ennui... Enfin c'était ce que pensait Olivier.

Il la regarda d'une façon étrange. En fait, il l'observait. Elle était jolie, naturelle. Ses cheveux bruns tombaient en cascade sur ses frêles épaules, relevant le « truc en plus » qu'elle avait dans ses yeux couleur noisette. Il l'avait trouvée jolie dès lepart, et c'était d'ailleurs pour ça qu'il l'avait abordé pour la première fois dans ce café. Elle, y venait pour écrire, lui, pour tuer l'ennui. C'est comme ça qu'ils s'étaient rencontrés, et qu'ils ne s'étaient plus quittés depuis sept mois maintenant. Mais Olivier avait envie d'autre chose et il ne se privait pas quand il voyait une jolie femme... ne serait-ce que pour une seule fois.

Br
usquement, Mariannecha la main d'Olivier et se leva du lit, tirant les draps avec elle pour cacher sa nudité. Elle le regarda d'une façon qu'il ne lui connaissait pas, comme si elle avait deviné quelque chose. Elle entra dans la salle de bain et fit couler l'eau doucement. Entendant l'appel « primitif », Olivier se leva lui aussi et la rejoignit dans la douche. Il se laissa faire sous ses caresses, oubliant même qui elle était. Il en imaginait une autre, blonde, ronde, peut être, le contraire d'elle, si brune et si frêle...

Elle lui demanda en insistant « On va au cinéma alors ? » Il ne trouva qu'un sourire pour seule réponse. Il n'avait jamais su comment lui avouer qu'il détestait les films d'action, contrairement à la plupart des garçons... Elle qui croyait lui faire plaisir !
Leur histoire commençait à « tourner au blues »... Mais peut être qu'elle était amoureuse ?



Musique
Ca tourne au blues - Pow Wow

# Posté le samedi 02 décembre 2006 19:13

Modifié le mercredi 09 mai 2007 10:07