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Marine ouvrit la porte du bureau de son amie sans frapper. Julia se retourna, surprise. La jeune femme avait sursauté. Elle s'assit sur sa chaise de bureau et lâcha :
« Bon dieu, tu m'as fait peur !
- J'ai bien vu... t'es sur les nerfs ?
- Non... J'ai juste cru que c'était Suarez. J'peux plus me l'encadrer ! Il est encore entré dans mon bureau sans frapper pendant la garde de nuit, j'ai été obligée de sortir les crocs!
- Il est entré dans mon bureau tout à l'heure, alors que j'étais en train d'ausculter Olivier. Il m'a demandé de ranger un dossier...
- Bientôt sa secrétaire n'aura plus de boulot !
- Il faut qu'on fasse quelque chose...
- En parler aux prud'hommes ! répliqua Olivier. »
Marine le regarda, étonnée. Il avait parlé pour la première fois depuis la nuit dernière. Olivier en paraissait lui-même étonné. Bien sur, il n'avait pas perdu l'usage de la parole mais le choc lui avait fait refouler cette capacité, lui qui d'habitude avait une tchatche à faire parler les moins bavards.
« Tu parles... ? Et bien je te le laisse Julia. En espérant que tu sauras mieux que moi lui délier la langue ! »
Sur ces mots, Marine quitta la pièce, non sans serrer fort la main de son frère. Elle jeta un regard à Julia, qui comprit bien qu'elle aussi avait besoin d'aide.
« Assied toi ! Tu ne vas pas rester debout tout ce temps ?
- Désolé. J'suis ailleurs en ce moment...
- Bon, je sais que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus. Que ça fait longtemps qu'on ne s'est pas parlé... Mais tu sais, c'est mon boulot, alors tu peux tout me dire. Tu entends ? Tout, absolument tout ce que tu veux me dire... Je suis tenue au secret professionnel.
- Tu le dirais à ma s½ur, elle te l'a demandé, répondit-il en esquissant un sourire.
- Tu te trompes. Je ne lui dirais rien sans ton accord. De toute façon je pense que tu es peu enclin à subir une sorte d'interrogatoire de ma part...
- Non, là c'est toi qui te trompes ! Si je ne peux pas répondre à toutes les questions que vous vous posez, c'est tout simplement car je n'en suis pas capable.
- Pas capable ? Toi qui as toujours été le premier à parler...
- Ecoute, tous mes souvenirs d'enfance, tous mes souvenirs de vacances, mes souvenirs d'écoles, d'amis... J'm'en souviens. J'sais qui j'suis... Seulement j'ignore pourquoi je me suis retrouvé trois jours et trois nuits dehors avant de rejoindre l'appartement de ma s½ur !
- Peut-être que tu as vécu quelque chose d'effrayant pour toi et que tu as effacé volontairement mais inconsciemment cet élément de ta mémoire... dit Julia en réfléchissant.
- C'est toi la spécialiste de l'inconscient et du subconscient, c'est à toi de me répondre, répliqua-t-il en arborant toujours ce délicieux sourire aux lèvres.
- Je rêve ou tu n'as pas perdu ta sale habitude de te moquer de moi ?
- Désolé...
- C'est dingue ! Y'a 5 minutes tu ne disais pas un mot, et voilà que maintenant t'es désagréable !
- C'est toi qui ma forcé à parler...
- Forcé? ... Je ne t'ai rien demandé ! Je t'ai simplement fait comprendre que si tu voulais me parler de quelque chose de spécial tu pouvais le faire en toute confiance... parce que c'est mon métier ! Pas... pas pour d'autres raisons !! »
Julia s'était laissé emporter par sa colère. Olivier et elle ne pouvaient s'empêcher d'en venir au drame lorsqu'ils se parlaient, et ça depuis toujours. Il y avait quelque chose en eux qui énervait mais attirait l'autre en permanence, puisqu'ils en arrivaient à retrouver des discutions calmes.
Julia était persuadée qu'elle allait réussir à le faire parler. Enfin, plutôt à réussir à faire parler son inconscient. Son pouvoir de persuasion était ce qui était le mieux réussi chez elle, d'après elle.
Olivier savait bien qu'elle finirait par réussir à le faire dire « le pourquoi du comment ». Il savait qu'un moment viendrait où grâce à elle et à sa s½ur il se rappellerait...
Encore une fois ils furent interrompus par leurs réflexions par Benjamin, qui comme à son habitude ouvrit la porte à la volée, sans prendre le soin de frapper.
« Je vois que vous êtes dans une consultation extrêmement prenante Mademoiselle Sitruk... Je vous ai entendu crier !
- Oui en effet, mais cela ne vous dispense pas de frapper aux portes Monsieur Suarez...
- Je vois que ce patient fait le tour des services, remarqua Benjamin, en ne relevant pas la remarque de Julia et en fixant Olivier.
- Je suis en consultation comme vous le voyez Monsieur Suarez, je vous prierais de bien vouloir sortir afin que nous puissions continuer la séance Monsieur Alvès et moi-même... »
Julia s'était surprise en le mettant à la porte en n'ayant pas l'obligation d'employer la manière forte. Benjamin la regarda d'un air suggestif, comme il faisait avec toutes les autres, et quitta la pièce sans un mot.
« A ce que je vois... ce gars là est un beau connard ! »
La remarque qu'Olivier venait de faire tomba d'un coup. Ils se regardèrent et ne purent s'empêcher d'éclater de rire. L'incident précédent était déjà oublié...